TRIBUNE CHEMINOT
A PROPOS…MAIS L’EST-CE BIEN ?
« Terzake » mot que nous pourrions traduire par « à propos » est le nom d’une émission quotidienne de la télévision publique flamande qui a pour vocation de se charger de décortiquer l’information.
Rien qu’en cela, elle est évidemment éminemment instructive mais chacun conviendra que lorsqu’elle s’attèle à analyser un sujet ferroviaire, elle revêt, pour le cheminot, un intérêt encore un peu plus aigu. Et, début septembre, « Terzake » s’était invitée dans les installations ferroviaires du port d’Anvers, endroit où, probablement par le plus grand des hasards, elle a pu rencontrer l’Administrateur Délégué de la SNCB, Marc Descheemaecker, un responsable de fret SNCF et le Président du VSOA-SLFP, le syndicat libéral. Tout un programme !
S’il est vrai que, sémantiquement, accoler les mots « syndicat » et « libéral » relève déjà de la prouesse intellectuelle, on est en droit de se demander comment ce groupement peut encore compter de membres lorsqu’on entend certains propos tenus devant les caméras. Ainsi, et facteur aggravant, il s’agit de récidive, B-Cargo serait, je cite : « le plus grand club de joueurs de cartes de Belgique » !
C’est tout simplement blessant pour les travailleurs qui, quotidiennement, risquent leur vie pour la gagner face à des wagons aussi sourds qu’aveugles. S’il est vrai que « la crise » d’abord financière et aujourd’hui économique a ralenti le trafic, le travailleur est et en sera victime et certainement pas coupable. Partant, plaisanter sur ses activités paraprofessionnelles supposées relève de l’inconvenance.
Mais beaucoup plus sérieusement, je voudrais, dans ce papier, répercuter en substance les propos de l’Administrateur-Délégué de la SNCB : « … la libéralisation a amené sur le marché du fret ferroviaire un nombre d’opérateurs qui n’évoluent pas dans un environnement statutaire, qui travaillent de façon très flexible et je pense que le marché attend d’un acteur logistique comme le sont la SNCB ou un autre concurrent qu’ils soient flexibles et que l’on rencontre les souhaits du client à un prix correct. Et en ce moment, nos coûts sont trop élevés à la suite de certaines règles qui freinent la flexibilité et la productivité. Et ce manque de flexibilité n’existe qu’à la SNCB… »
Ces règles, ce sont celles qui prévalent dans notre statut du personnel. Ainsi perçoit-on de suite que l’ennemi de l’Administrateur-Délégué est plus le statut que le concurrent qu’il agisse sur le même modal ou non.
Ce sont ces « privilèges » que des nantis, relayés en cela par leurs représentants syndicaux, ces réactionnaires de tout poil qui n’entendent rien à la modernité, ces conservateurs dignes du siècle passé et qui refusent la vraie loi, celle du marché, ces êtres imperméables à la réalité de notre temps veulent, dans un contexte gravissime de crise, conserver contre vents et marées.
Oh bien sûr, tout ceci ne figurait pas, en clair, dans les propos tenus au micro de « Terzake » mais le décodeur nécessaire à se doter de la bonne grille de lecture ou d’audition crevait lui presque l’écran.
Que ce soit clair pour chacun, rien ne nous a jamais été acquis, tout à toujours été conquis et, ne serait-ce qu’à ce titre, doit être jalousement préservé, protégé, sauvegardé !
Le statut du cheminot doit faire partie de ces héritages qu’on ne peut galvauder, n’en déplaise au patronat fût-il, comme d’aucuns se revendiquant malgré tout d’un titre de « syndicaliste », issus de la famille libérale.
Toujours au sujet de ce qui fut déclaré à « Terzake », je voudrais épingler la référence faite à la prochaine libéralisation, dates à l’appui (2016/2017), du trafic national de passagers, l’expérience acquise dans le secteur des marchandises devant nous servir à nous y préparer. Même si cela hante les rêves les plus doux des chantres du libéralisme, à ce jour, aucune décision en matière de libéralisation du « voyageur national » n’a été prise au sein du parlement européen et l’évoquer à l’antenne d’une télévision publique relève tant du phantasme que de la désinformation.
Décidément ce « Terzake » était bien loin d’être à propos vu les propos y tenus.
Sauf si, et dans ce cas, on navigue en pleine supercherie, des esprits plus que chagrins ont déjà écrit un scénario visant à « déstatutariser » l’activité fret de la SNCB.
Ceci voudrait dire que les pseudo-négociations que nous menons pour l’heure et depuis des mois en vue de sauver, tout en les maintenant aux mains des cheminots statutaires, les activités du fret y compris le trafic diffus, ne sont que simulacres, que parodies que leurres.
Cela signifierait que des cerveaux, eux bien pensants, ont, dans leurs cartons, des plans B, C ou D qui viseraient à filialiser un pan entier de nos activités. Si certains se souviennent de ce que l’on fit avec l’activité de « SNCB colis » devenue tristement célèbre par trois lettres « ABX », on serait en passe de remettre le couvert mais avec, cette fois, toute l’activité fret, un de nos principaux objets sociaux, un de nos fleurons. Et il ne s’agirait que d’un précédent dès lors que, clairement il est dit que nous devons nous servir des enseignements acquis dans le secteur des marchandises pour nous préparer à affronter l’évolution prévue dans le domaine des voyageurs.
Mes chers Camarades, nous nageons là dans le cauchemar… C’est tout notre « core business », notre cœur de métier qui s’en va à la déstructuration, à la destruction, à la filialisation, à la privatisation. Allons-nous le permettre, laisser faire sans réagir ?
Si l’art de la guerre est de soumettre l’ennemi sans combat, Bertold Brecht déclarait, à juste titre : « Celui qui se bat peut perdre ; celui qui ne combat pas à déjà perdu ». Cette maxime célèbre est elle à propos, de plus en plus à propos !
G. Gelmini
Président
lundi 28 septembre 2009
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire