TRIBUNE CHEMINOT
C’EST EN SEPTEMBRE…
« C'est en septembre
Quand les voiliers sont dévoilés
Et que la plage tremble sous l'ombre
D'un automne débronzé
C'est en septembre
Que l'on peut vivre pour de vrai »
Cet extrait de la superbe chanson de Gilbert Bécaud ne laisse pas de nous rappeler que, traditionnellement, septembre est le mois de la rentrée.
Rentrée scolaire pour les plus jeunes, académique, parfois, parlementaire ou politique pour certains, simplement au boulot pour la plupart des cheminots, les plus chanceux qui ont pu profiter de quelques jours de farniente sous d’autres cieux parfois moins maussades car il faut bien l’avouer, chez nous, les éléments n’ont guère incité à la clémence durant la période dite estivale.
Mais ayons d’ores et déjà à l’esprit que tous n’ont pas eu cette opportunité d’évasion, tantôt pour des raisons qui leur sont propres et qu’ils ont délibérément choisies, parfois, et c’est regrettable, à cause de facteurs extérieurs : contraintes de service (toujours à déplorer), familiales, de santé ou hélas, même pour des travailleurs en quête d’un peu de répit pourtant mérité, simplement pécuniaires. Car le pouvoir d’achat s’est bel et bien érodé ces derniers temps, singulièrement pour les revenus les plus modestes.
Quoiqu’il en soit, septembre est là, et bien là, et avec lui l’annuel quota de fruits matures en attente des mains expertes du vendangeur-vigneron pour, enfin, livrer toutes les saveurs de leur nectar. Vendémiaire n’était-il pas, de fait, le premier mois du calendrier républicain. Et partant, ne faut-il pas, là, trouver l’origine de cette phrase souvent citée à pareille époque : « la rentrée sera chaude ! » ?
L’avenir répondra, pour sûr, à cette question mais en attendant, en ce qui nous concerne, on sait déjà que le gros dossier de la rentrée aura trait aux structures.
Encore, me direz-vous !
Hélas, oui, trois fois hélas, c’est bien à craindre car les récentes sorties dans la presse néerlandophone surtout de ces derniers jours démontrent, à souhait, que la volonté de certains représentants, singulièrement du VLD, de casser le groupe SNCB n’a rien perdu de sa flamme durant l’été et ce malgré les nombreuses averses qui ont déferlé sur notre territoire en juillet-août.
De façon très opportuniste, des élus libéraux du Nord prétextent d’un courrier émanant de la Commission des Communautés Européennes pour remettre leur funeste ouvrage de démantèlement des structures du groupe sur le métier.
Qu’est-ce à dire ?
Le 27 juin, la Ministre reçoit une « mise en demeure » signée par le Vice-président, responsable de la politique des transports, de la Commission lui signifiant, en substance, la non-conformité du modèle belge pour cause, essentiellement d’interdépendance des différentes entités du groupe ferroviaire.
Pour le dire plus simplement et pour faire bref, la Commission déplore que, dans notre montage structurel, Infrabel et la SNCB n’aient pas du personnel « propre » mais bien des agents mis à disposition par la Holding ; elle épingle la présence d’Administrateurs communs au C.A. d’Infrabel et de la Holding (N.B. cela ne concerne en fait qu’une seule personne) et, ce faisant, elle conteste l’indépendance de la Direction « Accès réseau » garante de l’impartialité de traitement des entreprises ferroviaires en matière de fonctions essentielles.
Des reproches sont également adressés en ce qui concerne le Service de Régulation, le partage de ressources informatiques… En matière de tarification de l’accès à l’infrastructure et en ce qui concerne l’organisme de contrôle ferroviaire, des « manquements » sont également observés.
Bref, la lettre de Monsieur Antonio TAJANI (Forza Italia, parti de Silvio Berlusconi : une référence) si elle semble critiquer un certain nombre d’éléments dans notre structure n’exige en rien le démantèlement de la Holding, à la limite sollicite-t-elle, et c’est encore à démontrer, un certain nombre d’ajustements, la Commission n’ayant de fait en la matière que compétence d’avis, seule la Cour Européenne ayant elle, s’il échet, pouvoir coercitif.
Et c’est ici que les romains s’empoignèrent… ou plutôt, eussent-ils dû s’empoigner.
En effet, il faut savoir que semblable missive a été adressée à 24 des pays membres de l‘Union. 24 sur 27, c’est beaucoup. Quand on sait, de surcroît que Chypre et Malte ne possèdent pas de réseau ferroviaire, les seuls à n’avoir pas reçu de courrier récriminatoire des instances européennes sont nos voisins bataves : les Pays-Bas.
En cette période, hélas aussi de seconde session, il est de bon aloi d’affirmer que, lorsqu’un prof pète, sans vergogne tous ses élèves, sauf un, le chouchou bien sûr, c’est probablement qu’il est lui-même mauvais, médiocre enseignant.
C’est chez le maître que le problème se pose, pas chez les apprenants et donc, ce n’est certainement pas la classe qui doit être blâmée. Tout est à revoir, doit être remis à plat devant une grande délibération.
Dès lors, de ne pas comprendre comment une réaction généralisée des Ministres des Transports n’a pas été collectivement organisée. Ou si elle le fût, la discrétion dans laquelle elle s’est opérée fut à ce point ouatée qu’on se demande si la torpeur chinoise dans laquelle elle a probablement dû se passer n’a pas transformé nos pourtant si irréductibles pit-bulls ministériels, pourtant toujours en quête d’un peu de publicité audiovisuelle, en mignons petits pékinois couinant (J.O. obligent).
Quoiqu’il en soit, en marge de ce dossier, des élus, et non des moindres du VLD, la pseudo étude « Berger » en main, ont décidé d’alimenter la presse du nord en rappelant qu’il était impératif, bien entendu, pour le seul bien des usagers, de scinder totalement le groupe ferroviaire en entités distinctes et, au passage de supprimer cette inutile et coûteuse Holding, organe voulu par les seules organisations syndicales, CGSP en tête.
En tenant le même raisonnement, ils pourraient conclure que supprimer églises et grues règlerait les problèmes des sans-papiers dont une des leurs à la (seule) charge ministérielle mais en la matière, leur mutisme n’a d’égal que leur courageuse témérité.
Très clairement, il faut ici rappeler que :
- Oui, nous accordons un attachement sans faille à la structure en trois entités dont la Holding est, en tant qu’employeur unique et siège de la concertation sociale, la clef de voûte seule garante de l’unicité du statut unique des cheminots,
- La signature le 01 avril 2004, par les organisations représentatives, du protocole d’accord social 2003-2004-2005 avait été subordonnée à l’acceptation, par les instances européennes, de la modification de structure telle qu’envisagée.
- En conséquence :
- Ou, à l’époque la Commission a donné son aval et depuis lors a revu sa position unilatéralement, donnant un coup de barre à tribord quant à sa politique de démantèlement des entreprises publiques, de libéralisation à tous crins,
- Ou nous avons été mystifiés par le management même de la SNCB.
- Dans le premier cas, le Gouvernement se doit de défendre bec et ongles la structure à l’époque adoptée et qui, les résultats parlant d’eux-mêmes, ne fut finalement pas si mauvaise. Partant, le problème est purement politique et nous comptons sur la fidélité de ceux qui se disent nos alliés pour combattre nos (leurs) ennemis.
Dans la seconde branche de l’alternative, c’est au sein de l’entreprise que le coup de canif dans le contrat a été porté. Dans cette hypothèse que vous me permettrez, pour l’heure, d’écarter, même si on se souviendra qu’en avril 2004, c’était encore Karel VINCK qui présidait aux destinées de la SNCB et que les actuels Administrateurs-Délégués n’arboraient pas encore le titre qui est leur, ils n’étaient néanmoins pas bien loin des centres décisionnels, ils trônaient dans les sphères de décision. Leur responsabilité reste donc entière.
En effet, depuis 2005, chacun affirme et réaffirme à l’envi son indéfectible fidélité en la structure, aux conventions, à cette espèce de contrat moralo-social conclu à l’époque. Aujourd’hui que la question semble retrouver toute son acuité, il faudra qu’ils prouvent leur loyauté vis-à-vis des cheminots.
Ce sujet sera sans conteste la préoccupation de la rentrée, nous nous y emploierons. Gageons que nous serons gratifiés des garanties escomptées qui, après un premier semestre pour le moins tendu, permettra à chacun de reprendre le collier avec la sérénité nécessaire et que c’est seulement en termes climatiques que l’automne sera chaud. C’est dans cette hypothèse qu’il nous sera permis d’oublier cet été gris et triste comme un Premier Ministre, que le terme sera mis a une saison morne et morose comme un Gouvernement et que nous pourrons enfin nous occuper de notre véritable noble métier de « cheminot » au service des citoyens et des usagers voire… des clients car :
« C’est en septembre… que l’on peut vivre pour de vrai… »
G. Gelmini
Président
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