lundi 29 septembre 2008

Editorial de "La Tribune" Cheminots de septembre 2008

"TRIBUNE" CHEMINOTS

L’ARGENT ROULE… ET NOUS ?

Qui n’a jamais entendu un spot publicitaire diffusé sur les antennes des médias, y compris de service public, et affirmant qu’avec « La banque DESLIARDS-MILLARD » ton argent travaille.

Et puisque l’argent travaille, il rapporte.

Ces thèses, allégrement arrosées, répétées, inondent tellement le citoyen qu’il finit par les trouver logiques, légitimes, inattaquables, voire… normales.

« Normale », le mot est lâché : qui rentre dans la norme. Mais quelle norme ?

La crise des « subprimes » aux Etats-Unis, pour l’heure seule partie visible du désastre financier généré par le capitalisme débridé, montre, à souhait, que le marché seul, la finance seule sans contrôle ou pas assez de contrôles, sans ou avec insuffisamment de régulation, conduit inexorablement à la faillite d’un système autogénéré.

Pendant que les banques engrangeaient de plantureux bénéfices, c’est dans la sphère privée que ceux-ci se distribuaient.

Aujourd’hui que les difficultés apparaissent, ce ne sont pas moins de sept cents milliards de dollars que le trésor public américain va injecter dans ces canards devenus boiteux.

Privatiser les bénéfices, socialiser les pertes tel est le crédo du libéralisme, doctrine ayant de plus en plus d’adeptes dans nos sociétés, dans notre société.

Et pourtant, in fine, cet argent public injecté aura un coût : celui de la sueur, de la force, de l’intelligence : du travail des contribuables, des citoyens.

Osons le dire, si le système financier s’écroule c’est parce qu’il ne repose que sur du virtuel.

Les plus-values, journellement constatées par des boursicoteurs de tout poil se concluent par des prises de bénéfices, enrichissant ainsi ceux-là mêmes qui ignorent ou feignent d’ignorer que derrière c’est tout un process de transformation industrielle qui se cache.

Ainsi, le décalage entre l’économie réelle, celle qui mesure les valeurs véritablement produites, et l’économie financière, celle qui recherche des taux de croissance à 2 chiffres, consomme un fossé de plus en plus profond. Et la fameuse bulle spéculative d’un jour éclater !

Et nous, cheminots européens, belges qu’avons-nous à y voir ?

Directement, évidemment rien.

Mais indirectement, et sans jouer les « Cassandres » les mois à venir montreront que, la finance étant globalisée, c’est chacun qui d’une manière ou d’une autre ira de sa poche, devra contribuer au sauvetage de ce système.

Ce précédent, démontre au plus réticent que lorsqu’un Etat veut injecter de l’argent, donner un ballon, ici une montgolfière, d’oxygène, il le peut.

Si les Etats-Unis, chantre du plus grand libéralisme, peuvent « nationaliser » des institutions bancaires à coups de centaines de milliards de dollars, alors en Europe, en Belgique aussi il doit être possible de renverser la vapeur.

Ceci à une condition, celle d’avoir la volonté politique de le faire.

Mais voilà, encore faut-il le vouloir.

Et comme rien n’est jamais acquis par la classe laborieuse que ce qui est, par ce combat gagné, c’est sans cesse qu’il nous faut batailler, qu’il faut remettre l’ouvrage sur le métier.

En réalité, bien sûr, ce n’est pas l’argent qui travaille mais bien l’homme, la femme.

C’est lui, elle, qui en vendant sa force et son esprit produit de la croissance, des fruits. Ne dit-on pas d’une maman à la veille d’accoucher qu’elle entre en salle de travail ?

Partant comment accepter que celui qui, œuvre jours après jours ait bien des difficultés à boucler ses fin de mois alors que pendant ce temps d’autres... ?

C’est pourquoi, à l’appel de notre organisation faîtière, coupole : la FGTB, nous avons décidé de suivre un mot d’ordre de grève ce 6 octobre.

Parce que :
  • L’amélioration du pouvoir d’achat, la lutte contre la vie chère, la diminution de la facture énergétique concerne tous les travailleurs,
  • La liaison des salaires à l’index ne peut être remise en cause,
  • La liaison des allocations sociales au bien-être est le meilleur bouclier de la loi de péréquation des pensions,
  • Les nouvelles diminutions de charge dites patronales réclamées par les organisations d’employeurs auront de fait des influences négatives sur la fonction publique puisque réductrice de rentrées pour l’état,
  • L’emploi dans la fonction publique est à nouveau menacé par les déclarations du Ministre de l’Economie : Vincent VAN QUICKENBORNE (réduction envisagée de 10% des fonctionnaires),
  • Le mot « solidarité » a encore un sens chez les travailleurs du rail.

Parce que chez nous aussi, celui qui travaille manque, trop souvent, de l’essentiel.

Le 06 octobre, l’argent roulera encore…. Et nous ?

G. GELMINI,
Président CGSP Cheminots.