Ils ont voté… et puis après…
Çà y est enfin, cette campagne électorale qui s’éternisait depuis de trop longs mois s’est enfin terminée puisque les citoyens ont rendu leur verdict et que dès le soir de ce 7 juin, les urnes livraient leurs secrets.
Le but n’est pas ici de faire une analyse fouillée des résultats de ces élections, d’autres endroits mieux qualifiés existent pour ce faire, mais plutôt de livrer à la sagacité de chacun quelques réflexions relatives à ces scrutins.
Au plan européen, c’est l’abstentionnisme qui aura régné en maître puisque seulement un bon 40% d’électeurs se seront présentés aux bureaux de vote. C’est peu, très peu et cela met en exergue au moins un élément : la chose européenne est loin de passionner le citoyen lambda.
Comment expliquer ce désintérêt quasi généralisé dès lors qu’on connaît l’impact des décisions prises au sein des institutions européennes sur les Etats Membres de l’Union et donc sur la vie quotidienne des ressortissants. Bref, pourquoi ce peu d’engouement ? Simplement parce que d’une part les textes, le langage utilisés à cet échelon transnational sont tellement alambiqués et complexes qu’il passent au dessus de bien des têtes et encore ne serait-ce pas le cas que d’autre part, il y a cette dérive des hommes et femmes politiques qui consiste à s’arroger le droit de la réussite des choses qui apparaissent comme positives au citoyen et de les reléguer à un autre niveau bien plus lointain dès que l’impact en sera négatif en s’excusant presque par un « c’est pas de notre faute, c’est Bruxelles, c’est la Commission, c’est l’Europe… » .
Dans ces conditions comment s’étonner du peu d’intérêt ainsi suscité pour l’échelon européen ? Et donc encourageons toute initiative d’éducation populaire ayant pour objet une noble vulgarisation, une meilleure appréhension, une meilleure compréhension, une plus subtile perception de la chose européenne et ceci de faire partie intégrante des programmes des formations que doivent développer des organisations syndicales responsables comme la nôtre.
Le deuxième élément intéressant à relever c’est la corrélation qu’on peut établir entre la participation au vote et l’orientation dudit vote : moins le taux de participation est élevé, plus la tendance se marque à droite. Ainsi pourrait-on presque extrapoler que quand on vote peu, on vote plutôt à droite, la chose politique semblant être plus lointaine pour les (non)électeurs de gauche à savoir, en général les moins bien nantis. Partant il n’y a qu’un pas que je franchirai sans hésitation aucune, défendons de toute notre âme le vote obligatoire, exprimons-nous à son sujet en termes de conquête sociale, de droits à défendre et à préserver contre tout et contre tous plutôt qu’en devoir à accomplir comme il est, y compris dans nos rangs, encore bien trop souvent perçu de nos jours.
Sur le plan national belge, c’est la différence entre le vote au nord et au sud qui marquera les esprits. De ceci il y a beaucoup d’enseignements à tirer singulièrement pour nous, cheminots, qui évoluons toujours, et c’est très bien ainsi, dans un secteur dit national. Cette conception différenciée entre les deux grandes communautés linguistiques est révélatrice de l’acuité de la perception de certains dossiers éminemment importants entre le nord et le sud du pays.
De là à tomber dans la caricature de certains éditorialistes qui titraient, sans vergogne « La Flandre à voté à droite, la Wallonie à gauche », il y a plus qu’une marche que je ne franchirai pas, des partis comme écolo ou le Cdh ne m’apparaissant pas comme étant représentatifs d’un courant de gauche. Autre chose étant de dire qu’ici, la démocratie a vaincu puisque l’extrême droite est en net recul tant au nord qu’au sud et çà, en soi, c’est une bonne nouvelle.
Enfin, il y a le phénomène des sondages qui se sont tous lamentablement plantés. Le PS n’a pas connu la dégelée qu’ils lui promettaient et le MR a perdu son pari de devenir premier parti en Wallonie et à Bruxelles au grand dam de son Didier de président, de sa suffisance et de son arrogance presque maladive. A force d’exclure les autres, de ne plus vouloir parler avec personne, on se retrouve seul, jeté dans l’opposition avec comme unique consolation pour le Président du parti ainsi relégué, de pouvoir s’entretenir avec le Ministre des finances. De quoi devenir rapidement schizophrène, un peu comme cette perruche (bleue) pour qui, alors qu’elle vint de perdre son partenaire de couple, on plaçât un miroir dans la cage histoire qu’elle se sentit moins seule.
Voilà pour le « Ils ont voté… »
« Et puis après… » Après il y a le lourd travail de constitution de majorités, de programmes, de gouvernements, de déclarations gouvernementales, de remaniements ministériels, d’échange de strapontins, de marchandages de marocains… Bref, il y a la politique politicienne, celle qui au cours de cet été nous apportera, chaque jour pendant encore quelque semaines son lot de surprises, de nouvelles souvent peu réjouissantes, le contexte économico-financier dans lequel il nous est imposé d’évoluer n’étant guère propice à l’enthousiasme débridé. Peut-être un peu de stabilité quand même : contre toute attente, notre actuel Ministre de tutelle, pourtant promis à d’autres horizons, devrait faire encore un bout de chemin (fût-il de fer) avec nous. Osons espérer que ce (nouveau) changement de cap puisse l’animer d’un peu plus de curiosité pour les entreprises qu’il est amené à cornaquer depuis son arrivée aux affaires fédérales. Ce sont quand même les plus grands employeurs belges.
C’est dans cette ambiance que nous baignons pour l’heure, et quand je dis « baignons », je pense « nageons » car c’est probablement le verbe qui convient le mieux pour qualifier le dossier Cargo tel qu’il nous est présenté actuellement par une Direction Marchandises qui n’a aucun scrupule à s’entêter à défendre un dossier totalement imbuvable qui crée plus de problèmes qu’il n’apporte de solutions hormis peut-être financières pour l’entreprise (et encore à très court terme).
Depuis le début, nous répétons que pour être crédible et par nous négociable, le dossier Cargo doit être un et indivisible et comporter tous les angles de vision (RCC, ateliers wagons, ateliers de ligne, mesures HR s’il échet, mesures opérationnelles…). Depuis le début, nous avons l’impression de nager en plein dialogue de sourds et partant plus rien ne bouge mais tout devient rouge…
Vu l’importance et l’impact négatif attendu de ce maudit dossier, nous considérons que le seul lieu pour tenter de le solutionner est de le porter devant le Comité de Pilotage (Elargi), Comité de Pilotage qui peut à nouveau fonctionner correctement puisque la loi corrective de la loi-programme de décembre a (enfin) été publiée ce 8 juin.
Bref, on a déjà envisagé départ en vacances dans circonstances plus sereines mais que voulez-vous, le hasard des agendas, la complexité de l’agencement des calendriers ont souvent raison de la quiétude des discussions. C’est pourquoi, il ne faudra pas hésiter à recharger ses batteries sous des cieux plus cléments car l’avenir s’entrevoit plus morose que rose.
A nous revoir en septembre tout requinqués et en attendant, bonnes vacances d’été !
G. Gelmini
Président
